Voici un "pamphlet" sur Internet que j'ai écrit en décembre 2005, il me semble toujours d'actualité.
Internet … derrière ce simple mot s’étend la plus
gigantesque toile d’araignée du monde. Bien que virtuelle elle n’en est pas
moins un piège gluant dont il est extrêmement difficile de sortir.
Aujourd’hui le web semble avoir toutes les réponses, y
compris aux questions que l’on ne se pose pas. Et le problème est peut-être là :
on y trouve tout, mais tout peut nous trouver en retour. A coup de bannières de
publicité, de pop-ups, d’ads et même de spywares. Tous ces mots compliqués qui
révèlent la face cachée de ce nouvel Eden du savoir. Si l’idée de base était le
partage des connaissances et des expériences de chacun, la communication sans
limite et une liberté d’expression jusque là inaccessible, ce doux rêve est vite
revenu à la triste réalité, celle qui régit notre monde : l’argent.
Tout est sujet à redirection vers un site marchand ou
proposant des services payants. Le temps du tout gratuit est déjà loin derrière
nous. Et le plus alarmant est que l’emprise du web s’étend chaque jour un peu
plus. Les foyers s’équipent, les jeunes ne parlent plus que par langage SMS sur
des chats et autres logiciels de messagerie instantanée, qui les inondent de
produits à acheter, de musique à écouter, de ce qu’il faut porter, ce qu’il
faut être. La télévision a trouvé son maître, ici on parle même de
personnalisation, car on traque les internautes à coup de cookies et de
formulaires d’information que l’on est obligés de remplir, à des fins
statistiques nous dit-on. Derrière se cache une intelligence lucrative qui
archive les produits que l’on commande pour que la bannière de publicité
envoyée au navigateur soit parfaitement en accord avec nos habitudes d’achat.
On nous épie, on nous traque, on nous stocke, on nous analyse
et on nous classe. A l’insu de presque tous se met en place une gigantesque
base de données des utilisateurs. Donne moi ton mail ou ton adresse IP et je te
dirai qui tu es, ce que tu achètes, ce que tu aimes, les sites sur lesquels tu
es allé, qui sont les gens que tu côtoies. Bien sûr ces données ne sont
peut-être pas encore rassemblées dans une base commune. Mais qu’est-ce qui
l’empêcherait ? Quelles seraient alors les limites ?
Mais le web n’est pas qu’une immense vitrine de produits, il
est aussi un espace de rêve où chacun peut se créer une nouvelle vie,
complètement virtuelle, mais pourtant bien réelle. Les rendez-vous galants
s’organisent sur le réseau, dans de vastes supermarchés de la rencontre. Les
femmes y sont reines car les hommes y sont dix fois plus nombreux. On y trouve
des beaux, des moches, des grands, des marrants, des gentils, des chasseurs
aussi, il y en a de toutes les couleurs, de toute sorte et pour tous les goûts.
« Qu’est-ce que je vous mets aujourd’hui ma petite dame ? »,
rien de plus simple pour trouver celui que l’on veut, le système a même prévu
un moteur de recherche très complet. Vous voulez un grand noir sportif qui aime
les chats et écoute du Mozart ? Pas de problème, il suffit de cocher les
bonnes cases et en quelques secondes une liste apparaît, a vous de faire votre
choix.
Pour les hommes c’est un peu différent car les femmes, étant
largement minoritaires, n’ont pas besoin de renseigner beaucoup d’informations
pour que l’on s’intéresse à elles. En général, seule la photo suffit, car pour
la plupart des mâles, sur ce genre de sites, c’est la seule donnée importante.
Alors on s’envoie des mails, puis on discute sur le chat, puis via un outil de
messagerie instantanée. On discute énormément, et on se livre, débridés par la
facilité et la distance apportées par le clavier. On peut parler de tout caché
derrière son pseudo, confortablement installé devant son écran. Pouvant à tout
moment couper une conversation trop gênante en imaginant un bug ou une
déconnexion.
Une fois la relation entamée, on scrute les images échangées
ou le faux direct envoyé par la webcam de l’autre. Alors seulement on envisage
une rencontre IRL comme on dit ... In Real Life... comme si nous n’étions plus
dans la vraie vie à partir du moment où nous avons posé la main sur la souris …
Irréelle Life ? Non, Internet ou pas, nous sommes toujours la vraie
vie, elle est juste camouflée par un média tentaculaire qui nous laisse croire
que l’on peut la maîtriser, la modeler à volonté. Certains se sentent tellement
mieux dans le personnage qu’ils se sont créés à travers le net qu’ils ne
veulent plus revenir à la réalité, ou en tout cas le moins possible. Passant
chaque minute possible dans la peau de ce héros tant apprécié de tous ses amis
virtuels idéalisés par ses propres fantasmes ou ceux des gens qui se cachent sous
l’avatar. Car il ne faut jamais oublier que derrière chaque pseudo se trouve un
être bien réel qui peut aimer, rire, charmer, mais qui peut aussi souffrir ou
haïr, se dévoiler ou mentir, rester fidèle ou tromper. Mais il est souvent trop
tard lorsque l’on comprend que la douleur, elle, est tout sauf virtuelle.
Tout est possible sur le web, on peut aussi bien trouver une
banque ou un crédit pour une maison, qu’un grille-pain, un livre oublié, des
amis perdus ou l’être qui partagera, si ce n’est la vie, au moins un moment de
bonheur. La seule chose que l’on ne peut trouver c’est soi-même. Parce que l’on
se perd dans la virtualité que l’on se créé.
Le pseudo, préservatif de la personnalité qui empêche les autres de nous voir tel que l’on est, ne dévoile que ce que l’on daigne montrer. Qui n’a pas inventé un détail ou un fait, qui n’a pas triché ne serait-ce qu’une fois en parlant à un autre sur le Net ? Celui qui ne le fait jamais doit savoir que les autres ne se privent pas, il faut donc impérativement s’imposer une distance avec tout cela. En fait, il ne faut se servir d’Internet que comme d’un outil pouvant faciliter la vie réelle, plutôt que d’y plonger pour espérer y trouver une plus belle vie qui ne serait, de toute façon, que complètement virtuelle.